Nous partons à la découverte du Rajasthan, terre des maharadjas. Jaipur, la ville rose, Jaisalmer, la ville jaune, en plein désert du Thar, Udaipur, la ville
blanche et enfin la petite ville de Bundi.
Les moghols et les rajpoutes se sont longtemps disputés ces terres, nous offrant des architectures, des palais et des forteresses magnifiques, preuves de leurs
superbes et de leurs richesses passées.
Jaipur est notre première destination, où nous arrivons après une longue nuit de train depuis Varanasi. Le train est certes pratique et beaucoup plus sûr que le
bus, il n'en reste pas moins sportif! Nous découvrons la classe « Sleeper », classe la plus répandue. Ce n'est pas la plus populaire, mais on y voyage quand même
dans des conditions relativement spartiates. Je récolte la couchette du bas, qui a été bien malmenée, si l'on s'en réfère aux tâches diverses et variées que l'on peut y voir. Je m'efforce de la rendre un peu plus propre avec des lingettes désinfectantes, mais je me rends vite compte que c'est peine perdue, et je commence aussi à me rendre compte de l'absurdité
de mon action quand je croise le regard interloqué de mon voisin d'en face, qui hallucine de me voir essayer de faire le ménage. Bon, ben ça restera sale, et je vais devoir me faire une raison,
il faut que je passe la nuit là-dessus. En arrivant le lendemain à Jaipur, j'éprouve une violente envie de me désinfecter et cours sous la douche avant de jeter mes
fringues à la laverie. Je n'arrive décidément pas à revoir mes critères d'hygiène à la baisse.
Une fois tout propres on décide d'aller faire un tour en ville. Première chose étrange, le chauffeur de rickshaw ne veut pas nous y emmener, arguant que tout est
fermé. Ca nous paraît bizarre, des commerces fermés un mardi à 15h... on prend ça comme une crise de flemmardise aigüe du chauffeur et partons en dégoter un autre. Et on arrive en ville... et
oui, tout est fermé un mardi à 15h et ya pas de circulation... et c'est vraiment bizarre tous ces CRS armés partout... on ne se pose pas plus de questions sur le coup, on se dit qu'avec les
Commonwealth Games en ce moment, il y a peut être une visite officielle d'un grand ponte et que le quartier est bouclé. On fait un tour mais bon, ya vraiment rien à faire
donc on rentre à l'hôtel tout penauds.
Rue vide... pas normal dans un pays de 1,2 milliards d'habitants
Le lendemain, on a un choc en lisant le journal : que nenni de visite officielle, un jugement important devait être rendu à propos de la mosquée d'Ayodhya, temple
hindou où serait né Rama, le dieu hindou le plus important, mais en partie détruit pour construire une mosquée (je vous la fais courte). En bref, ce site est devenu le site
de cristallisation des tensions entre hindous et musulmans dans l'Inde tout entière, et le gouvernement craignait des échauffourées suite à la décision du tribunal, le dernier jugement en 1992
ayant fait des centaines de victimes. D'où les CRS... fort heureusement, rien ne s'est passé (mais on aurait quand même aimé être prévenus qu'il ne fallait pas trop s'aventurer en ville).
Cela nous a quand même fait constater que la société indienne était vraiment pétrie de religion, et que des tensions inter-religieuses pouvait faire boucler une ville de 2 400 000 habitants. Dans
notre mésaventure, nous aurons malgré tout pu admirer la magnifique façade du Palais des Vents, qui valait le détour.
Le lendemain, nous partons à l'aventure en bus local pour aller voir l'Amber fort, notre première forteresse au Rajasthan. Bien sûr, nous sommes l'attraction.
« What's your name? », « where do you come from? », « She's your wife? » (je l'aime bien celle-là! surtout quand après ils assurent à Aurélien qu’il
est un «lucky man » ). Une bande de jeunes indiens s'intéressent à nous, mais ne parle pas très bien anglais. Alors ils nous parlent en hindi! Et bien sûr on ne comprend rien, ce qui
les fait beaucoup marrer. Les indiens nous ont souvent semblé être de grands adolescents « Vas-y Raju, pas cap' de parler aux 2 blancs! » et quand Raju dit des conneries en hindi aux 2
blancs qui comprennent rien, il fait la fierté de ses potes, qui rigolent comme des bécasses. Mais on ne se démonte pas, et à notre tour, on leur dit des conneries en français « t'as raison
Raju, elles sont vraiment pourries les routes ici! » Et là, Raju, il se retrouve comme 2 ronds de flancs, il l'avait pas vu venir celle-là, et ses potes retournent vite leur
veste et se moquent de lui parce qu'il s'est fait avoir par les blancs! Du coup, on gagne le respect des indiens et s'ensuit une bonne partie de rigolade! On
fait même une photo souvenir!
Aurélien et Raju qui se tiennent par le cou!
On doit quitter ces nouveaux amis car on est déjà arrivé au fort. Magnifique. Le paysage est de la partie, les murailles défensives courent sur les collines
environnantes, et la forteresse se reflète dans le lac.
Les portes et les salles sont superbement travaillées, miroirs incrustés, jardins intérieurs, fresques, peintures délicates, fenêtres ouvragées. Quel plaisir pour
les yeux! Et quelle chaleur aussi!
On descend au village, oublié des touristes, et nous faisons guider dans le temple de Shiromani, lui aussi très travaillé. Le prêtre nous fait un joli bindi safran
chacun, puis le guide nous emmène au premier étage pour admirer les superbes fresques de la voûte, ce qui nous coûte de marcher sur un tapis de crottes de chauve-souris de nos pieds nus!
Beurk... le guide, lui, ne comprend pas pourquoi on marche sur la pointe des pieds...

Notre deuxième étape nous conduit à Jaisalmer la jaune. Re-train en classe sleeper, re-crade, re-inconfortable, re-mégabordel dans le wagon, d'autant qu'on tombe
avec une équipe de lanceurs de javelots indiens SUR-EX-CI-TES. Le lendemain, on émerge dans un nuage de poussière orange. Ben oui les cocos, vous avez voulu aller dans le désert! Il y a donc du
sable! On arrive rouge-orangés de la tête aux pieds! Mais Jaisalmer est une merveille. La forteresse ressemble à un énorme château de sable sorti du désert, les façades des havelis, petits
palais, tout comme les temples jaïns, sont de la vraie dentelle! On est émerveillés.
Les gens sont beaucoup plus cools, pas d'agressions, les « viens voir mon magasin » sont devenus des « viens boire un chaï avec moi » (le chaï
est le super thé indien: du thé, du lait, beaucoup de sucre et beaucoup de cardamome, c'est un vrai délice). Au bout de quelques jours les gens nous reconnaissent et nous saluent, on met 2h à
rejoindre l'hotel car on s'arrête discuter et boire le chaï avec tout le monde, on se sent bien ici. Aurel achète même un turban pour faire couleur locale!
Il est beau non?
Nous partons 2 jours pour un camel safari, avec un groupe de 3 japonais. Deux jours sur un dromadaire pendant 8h, on souffre le martyre!! A cheval
ou en amazone, on a les fesses endolories, et c’est encore pire quand la bête décide de courir! Le désert n’est pas celui auquel on s’attendait, la saison des pluies s’achevant, il est très vert…
heureusement on passera la nuit sous le ciel étoilé dans de belles dunes de sable.
Le Maharadja Aurélien et la Maharani Mathilde au camel safari
Il est temps de rejoindre Udaipur, la ville blanche. Enfin un peu de fraicheur après les températures torrides du désert. Le lac Pichola, au milieu duquel
trône l’élégant Lake Palace, apporte un peu de sérénité au milieu de la suractivité indienne, et un charme indéniable à la ville.
Udaipur est célèbre pour avoir été le décor naturel du James Bond « Octopussy ». On regarde ce film dans un petit resto, et on se rend compte
que pas grand-chose n’a changé, alors que le film ne date pas d’hier… l’Inde des campagnes évolue à un certain rythme, pas de stress. Le palais n’en reste pas moins superbe, comme tous les
monuments du Rajasthan, et la ballade autour du lac Fateh Sagar une activité reposante, loin du tumulte de la ville.
La peinture miniature, réalisée avec des pinceaux en poils d’écureuil (parfois un seul poil pour les dessins les plus fins!), est la spécialité de la
région. On trouve également en ville de jolies fresques sur les murs, qui rendent l’atmosphère agréable.
Ces quelques jours à Udaipur sont aussi l’occasion d’assister à un spectacle de danse et de marionnettes, spectacle que l’on affectionne vraiment depuis
le début de ce voyage. Comme les marionnettes thaies, le marionnettiste est visible et semble jouer avec la poupée.
Après un petit jour de maladie (oui, il en fallait au moins un! Ça faisait longtemps) nous partons avec un couple de français, Jean-Marc et Anne, faire
une excursion à la forteresse ventrue de Kumbalgarh et au plus beau temple jaïn de la région, Ranakpur. Rien n’étant simple en Inde, nous commençons par avoir une voiture qui fuit de l’essence.
Quelques temps plus tard, arrive une autre voiture pour nous chercher. On n’a pas fait 2 mètres que « pffff », le pneu avant crève… allez on change la roue! Et enfin on serpente sur une
belle route entre les monts arawelis, les sites et la belle campagne nous font oublier le petit contre-temps du matin.
Bundi termine notre itinéraire au Rajasthan. On essaye de s’y reposer un peu mais la chaleur nous plombe. Le Garh Palace, notre dernier palais est orné de
peintures miniatures très fines.
Plus encore qu’à Udaipur, tous les murs, toutes les portes sont décorés de personnages et de scénettes peints. Cela compense un peu la saleté de la ville…
et l’invasion des singes!! Mais le plus impressionnant reste l’énorme puits situé au milieu de la place du marché, profond d’une quarantaine de mètres, avec plusieurs volées de marches permettant
d’accéder à l’eau quelle que soit sa profondeur.

Le voyage en Inde s’achève, nous rejoignons Bombay, où l’on n’a plus beaucoup d’énergie pour des visites. On part quand même visiter les grottes
d’Elephanta sur une petite île dans la baie de Bombay. Les grottes, dédiées à Shiva, le dieu créateur/destructeur adulé des indiens, renferment des sculptures impressionnantes taillées à même la
roche.
Le retour en bateau nous prouve encore que les indiens sont de grands enfants. La forte houle fait beaucoup tanguer le bateau et la mer nous asperge
copieusement. Les indiens sont ravis et rigolent beaucoup, tout le monde se lève pour se mettre à l’avant du bateau et faire des « Ououououh » et des « aaaahhhh » au rythme
des mouvements du bateau. Voilà, parfois on aime bien leurs petits moments de candeur, leur plaisir des joies simples, qui les rendent attendrissants.
L’Inde c’est fini, les batteries sont déchargées, mais pas le temps de se reposer, car Madagascar, l’île rouge, nous attend de pied ferme!
Bisous à tous
Mathilde
Note: les connections internet à Mada étant ce qu’elles sont, et l’île étant notre dernière étape avant le retour à la vie laborieuse, vous ne nous en
voudrez pas de vous raconter la dernière partie au retour, si?